Proses

« …ET LE TEMPS S’ACHEVE ICI ! »


... Et le temps s'achève ici, à l'aube d'une nouvelle existence.
Mue de nouvelles sensations, l'esprit flottant dans l'ombre d'un prochain crépuscule, je regarde la vie avec l'oeil du naïf au coeur évasif.
J'ai vu les saisons vivantes vibrer dans mon être et nourrir ma conscience. J'ai sondé les profondeurs des éléments, déguster leur pureté.
Souffrant d'émotions nouvelles, si belles mais si fortes qu'elles en sont douloureuses, mon coeur s'écorcha dans sa quête passionnée. Et voguant ainsi dans l'abysse de moi-même, dévoilant les limbes de mes peurs cachées, j'entrais dans les profondeurs de la terre au goût salé.
Goût salé comme une larme libératrice, comme un océan de bien-être.
La Terre, cette force pure dont nos ancêtres ont foulés le sol. Elle qui nous apporte la stabilité, la détermination, la puissance d’être. Elle, vivante et amoureuse, qui nous soutient. Je l’ai senti en moi… senti sa puissance et dans un appel, m’enfoncer en elle.

…Mille morts blessèrent mon âme et mille renaissances l’émerveillèrent. Et dans le profil d’une quête grandissante qui s’empare de mon cœur si amoureux; je plonge dans le chaudron merveilleux, l’esprit exalté.
Puis, dans le deuil d’un passé qui se meure, j’embrasse l’instant.

Dans le cœur de la matrice, dans les profondeurs obscures de la Terre, je me suis reposé dans un sommeil profond. Je dégustais sa force et m’en délectais. Elle me rendit stable, sûr et déterminé.

Et des entrailles du monde, je me suis réveillé prés du lit d’une rivière. Habillée d’une eau cristalline, elle dansait dans une mouvance irrégulière. Son chant idyllique m’enivra et je ne pus m’empêcher, les mains en coupe, de goûter à son nectar de vie.
L’Eau se manifesta et m’entraîna dans ses abysses. J’y vis les profondeurs de mon Âme, l’image exquise de mes plus beaux songes. Sondant ainsi mon gouffre intérieur, je voyageais toujours plus loin en moi.

Les quatre vents se levèrent et des quatre directions, me cernèrent. Souffle de vie respirant dans tout mon être, jusqu’au fond de mes os, je sentis le sylphe invisible m’insuffler la passion. Souffle sacré vibrant dans tout mon être, l’Air se révéla au travers de ma curiosité toujours plus grandissante. M’entraînant vers des domaines inconnus, je découvris toujours plus de connaissances qui apaisèrent mon insatiabilité.

Et mon cœur s’embrasa. Comme une lave incandescente, mon sang parcouru mes veines dans sa course folle et consuma mon corps dans une extase énergétique. Le Feu m’apporta la joie de l’exaltation, de la passion qui se manifesta dans ma vie. Il me prêta sa vivacité, son extase et son enivrement.

Puis une brise de terre caressa mon visage et j’ouvris les yeux. Je suis resté là, dans ce bois, durant tous ces mois, en moi. Au cœur de cette forêt, à la lueur de mon feu, dans la danse de mille ombres, sous le regard des arbres silencieux, en cette nuit; je déguste le moment.
Je me rends compte, en cet instant subtil, que les éléments m’ont apportés leurs énergies sacrés, qu’ils se manifestèrent à travers moi ; qu’ils y laissèrent, à tout jamais, leurs empreintes.

…Et le temps s’achève ici, à l’aube d’un nouvel être.
La quête du chaudron…plonger à nouveau en son centre, dans la quintessence de la Déesse, dans le ventre amoureux de la terre.
M’endormir dans la sérénité du repos avant l’éveil des sens.
Et voir la nature plus belle…

Entrer dans mon Bois Sacré, en moi, dans le cercle des arbres saluant les directions. Le chêne au nord, imposant sa force et sa sagesse pour accueillir l’Ours. Le pommier au sud, pour nourrir ma passion exaltante. L’if à l’ouest, pour honorer par delà les brumes d’Avalon, le crépuscule de toute chose. Et le cèdre à l’est, qui de sa résine boisée portée par les vents, parfume mon Cercle Sacré.
Me laisser aller, les yeux fermés, et sentir mes pieds s’enraciner. La terre vivante onduler sous mon corps et mes jambes s’y enfoncer.
Etre en soi, dans son bois, et y découvrir ma Véritable Nature. Me recueillir, chaque jour, dans mon temple intérieur. Les émotions devenant plus profondes, plus vivantes, plus exaltantes. Le Bois Sacré reste ma source interne, celle où je puise secrètement et amoureusement ma passion et mon courage.

Puis dans ce lieu magique, interne, sentir naître une source de lumière. Une lumière rayonnante qui surgit du chaudron. Une sphère lumineuse qui s’amplifie au rythme de ma respiration, s’imposant de plus en plus dans mon être. Puis elle grandit encore, s’étend dans mon corps de part et d’autre. Elle recouvre finalement tout mon être, puis traverse mes pieds pour s’enfoncer dans la terre. Et elle se répand encore, mais cette fois-ci dans la matrice, et se diffuse à travers le Bois Sacré, puis continue encore sur le village environnant, le département, la région, le pays, le continent, le monde. Et cet échange d’amour et de paix avec la Terre-Mère me submerge avec plus de force. Cette lumière blanche devient trop forte et s’échappe du sommet de ma tête pour atteindre le ciel et se répandre de la même façon.
Et je reste passif dans cet échange. Je me laisse imprégner de toute cette paix, me purifiant dans ce halo de lumière. Je sens la Paix submerger mon être par ondes ; cette lumière prismatique se répandre dans la Terre et le Ciel, puis s’apaiser doucement avant de disparaître…

Faire Un avec l’univers dans les terres sacrées de son pagus et sentir l’amour des Dieux et Déesses.
Et l’Awen s’échappe des profondeurs de mon être et s’élève en vibrations, portant son écho à travers le bois endormi, sous le ciel étoilé d’une nuit enivrante.

Sentir mon corps s’enfoncer dans la terre, s’enraciner dans la matrice aimante et parcourir ses profondeurs.
Puis laisser mon empreinte dans le cercle des chênes et à tout moment y être accueilli dans une paix certaine.

Comme Gwion, j’ai parcouru les saisons et les huit portes du temps sacré furent célébrées. Je découvris le temps au travers des huit fêtes sacrées, le royaume des Dieux et Déesses. Le cycle envoûtant de la vie en action, de sa naissance à sa mort, et la suivre dans son évolution magique d’une touchante beauté.
J’ai vu Samain plonger le monde dans l’obscur du sommeil bienfaiteur, la naissance du Mabon à Alban Arthan, notre tendre et douce Brigitt à Imbolc, l’enfance du Mabon croissant sa force à Alban Eilir, mon doux protecteur Bélen à Beltane, le soleil à son zénith à Alban Hefin, l’assemblée de Lug à Lugnasad rendant hommage à sa mère Tailtiu, et le Mabon faiblissant avant de s’endormir pour que le cycle s’opère à nouveau. Dégustant chacun de ces moments, évoluant avec mes Dieux et Déesses dans la roue du temps ; c’est avec le cœur serein que je poursuit consciemment ma route dans le cycle du temps.

Et des quatre directions, je me suis plongé dans les éléments.
Mais du Chaudron de Ceridwen où débuta ma quête, c’est aussi par lui qu’elle s’achève aujourd’hui. Car c’est dans le Chaudron que je m’en retourne, que je plonge à nouveau, plus déterminé que jamais.


…Et le temps s’achève ici, aux portes d’un nouveau crépuscule!